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Note d'analyse8 min de lecture

Pourquoi votre facture explose alors que le coût de production n'a pas bougé

Le prix du MWh a pu s'envoler jusqu'à 1 200 € sur les marchés à terme, alors que le coût physique de production en France stagne autour de 70 €. Ce n'est pas une crise de l'énergie : c'est une crise de la conception du marché.

7 %
Part du gaz dans la production française d'électricité
100 %
Du prix de marché dicté par cette même source
×13,5
Multiplication du prix du gaz entre 2021 et 2022
1 · Le paradoxe

Le paradoxe de l'ampoule

Chaque mois, le rituel est le même : une grimace en ouvrant la facture d'électricité. Pour calmer la grogne, l'État déploie des "boucliers tarifaires", mais le mystère demeure. Comment expliquer que le prix du mégawattheure (MWh) ait pu s'envoler jusqu'à 1 200 € sur les marchés à terme — un prix spéculatif pour une livraison en 2023 — alors que le coût physique de production en France, lui, n'a quasiment pas bougé, stagnant autour de 70 € ?

Ce n'est pas une crise de l'énergie, c'est une crise de la conception du marché. Pour comprendre pourquoi votre ampoule vous coûte si cher, il faut accepter de plonger dans les rouages d'une machine économique devenue "délirante", où la finance tente, tant bien que mal, de piloter la réalité des câbles.

2 · Le gaz

7 % de la production, 100 % du prix

Le premier choc est statistique : le gaz fossile ne représente que 7 % de l'électricité produite en France. Pourtant, c'est lui qui tire les ficelles de 100 % de nos prix de marché. Entre début 2021 et fin 2022, le prix du gaz est passé de 20 à 270 € le MWh : une multiplication par 13,5.

Dans un système logique, cette hausse ne devrait affecter qu'une fraction de votre facture. Mais le marché européen a été conçu comme un vase communicant où la moindre goutte de gaz brûlée contamine l'océan du nucléaire et de l'hydraulique.

"7 % de l'électricité produite avec du gaz, mais 100 % du prix qui dépend de lui."

3 · Le mécanisme

Le Merit Order : la dictature de la centrale la plus chère

Pourquoi cette dépendance ? À cause d'une règle mathématique appelée le Merit Order (l'ordre de mérite). Imaginez une parade de centrales que l'on appelle à la rescousse l'une après l'autre pour répondre à la demande : on commence par les moins chères (éolien, solaire, nucléaire). Mais dès que la consommation grimpe, il faut appeler le "dernier homme", souvent une centrale thermique au gaz, pour équilibrer le réseau.

C'est ici que le système devient vertigineux : la loi du marché stipule que le prix payé à tous les producteurs sera celui de la dernière centrale appelée. C'est comme si, lors d'une vente aux enchères, le prix final de tous les lots était fixé par l'enchère la plus folle du dernier acheteur. En période de stabilité, ce modèle optimise les coûts. En période de guerre ou de pénurie de gaz, il devient une machine à fabriquer de l'inflation artificielle.

Merit Order — De la moins chère à la plus chère

Éolien & Solaire
0–15 €/MWh
Nucléaire
~40 €/MWh
Hydraulique
~30 €/MWh
Gaz ← fixe le prix pour TOUS
200+ €/MWh
4 · Le marché

Fournisseurs vs Producteurs : l'illusion de la concurrence

Depuis l'ouverture du marché en 2007, la France a vu fleurir 80 fournisseurs d'électricité. Mais attention à l'étiquette : la plupart ne sont que des "marchands de pixels", des traders qui gèrent des factures et du marketing sans posséder la moindre turbine.

La grande promesse des années 90 était que la concurrence stimulerait l'investissement dans de nouvelles centrales. C'est un échec total. Un acteur privé ne peut pas investir dans un réacteur nucléaire pour les 40 prochaines années en se basant sur des prix "spot" qui changent toutes les heures. La volatilité du marché est l'ennemie de la planification industrielle. La concurrence s'est installée dans la revente, mais elle a déserté la production, laissant le système fragile et dépendant des infrastructures historiques.

5 · L'ARENH

L'ARENH : le mécanisme qui "vampirise" le producteur historique

Pour simuler une concurrence là où il n'y en avait pas, l'État a créé l'ARENH(Accès Régulé à l'Électricité Nucléaire Historique). EDF est contraint de vendre un énorme volume de son électricité (jusqu'à 120 TWh) à ses concurrents au prix fixe de 42 €/MWh.

📉
Prix de marché BAS

Les fournisseurs alternatifs ignorent EDF et achètent en bourse. L'ARENH est inutilisé.

📈
Prix de marché HAUT

Les fournisseurs se ruent sur l'ARENH pour piller l'électricité bon marché d'EDF et la revendre avec marge.

Ce dispositif, censé protéger le consommateur, finit par affaiblir les capacités d'investissement du producteur national au moment précis où nous avons besoin de rénover notre parc. Depuis le 31 décembre 2025, l'ARENH a pris fin — le marché entre dans une nouvelle ère.

6 · La réalité

Le marché des "pixels" contre la réalité physique des câbles

Il faut distinguer deux mondes. D'un côté, le marché financier qui traite des "pixels" : le Ruban(la base de puissance achetée des années à l'avance) et la Dentelle(les ajustements fins sur le marché "spot" la veille pour le lendemain).

Mais l'électricité ne se stocke pas. Derrière ce ballet comptable, il y a la réalité physique des câbles. Quand la prédiction des traders échoue ou que les interconnexions saturent, le marché s'efface. C'est alors que RTE, le "Commandant en chef" du réseau, prend le contrôle manuel pour éviter le blackout. Le marché n'est qu'une carte numérique qui tente désespérément de se superposer au territoire physique ; dès que les câbles chauffent, c'est la technique, et non la finance, qui dicte sa loi.

Ce qu'il faut retenir
01

Le Merit Order amplifie les chocs de prix

La centrale la plus chère fixe le prix pour tous. Quand le gaz flambe, toute l'électricité flambe — même celle produite par le nucléaire à 40 €/MWh.

02

La concurrence existe dans la revente, pas dans la production

80 fournisseurs, mais aucun ne construit de centrale. La volatilité des prix est incompatible avec la planification industrielle à 40 ans.

03

La nationalisation totale d'EDF est un aveu

Le marché des pixels a échoué à garantir notre souveraineté. La question cruciale : faut-il revenir à une planification centralisée ?

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